Synopsis du film: En Bourgogne, le vin est une tradition, de la vigne au verre, impliquant propriétaires, ouvriers, critiques, sommeliers… Enzo, jeune homme de 19 ans, qui a déjà plusieurs années d’expérience, se fait embaucher dans une grande maison, espérant représenter la relève…
Critique du film BURGUNDY
Plus qu’un documentaire sur le vin, même si c’était l’intention de départ, "Burgundy" (Bourgogne en anglais) est un film sur les êtres humains qui contribuent à sa fabrication comme sa dégustation. Un film qui parle en réalité de transmission, avec trois jeunes personnages, Enzo, impliqué et connaisseur de toutes les étapes de fabrication, Céleste, apprentie sommelier qui doit caractériser le vin et le raconter, et une autre employée. Une transmission qui est aussi synonyme d’obstacles, financiers ou bancaires, l’héritage semblant plus fort que l’expérience, malgré la fougue de la jeunesse et ses ambitions. Deux passages filmés en super 8 viennent d’ailleurs illustrer ces points, alors que les trois compères font la fête (sur "Le temps des copains" version italienne) ou que deux d’entre eux se prennent pour Bonnie and Clyde.
Mais "Burgundy" est surtout un ensemble de rencontres avec de véritables personnages de cinéma, dont l’évolution est mise en scène par un savant montage, rendant le récit presque irréel par moments. Sur deux ans, les réalisateurs ont ainsi suivi Enzo, garçon qu’on dirait sorti des années 50-60, avec sa coiffure banane, ses tenues vintage et son phrasé adapté (il a en réalité 19 ans au début), mais aussi Patrcik, véritable acteur lorsqu’il s’agit d’enclencher l’imaginaire des clients du restaurant 3 étoiles chez Bras à Chany, et Guillaume, le critique, avec ses problèmes de coude (à force de porter les verres à sa bouche), ses rencontres amoureuses malheureuses (chaque rendez-vous avec une femme tourne court du fait de sa passion dévorante pour le vin, qui prend toute la place), et finalement sa dépression (la scène d’hypnose alternant vision sur lui allongé sur un divan et dans les vignes, est un délice).
Après "Chasseurs de truffes", passé par Cannes, et "Les cavaliers des terres sauvages" ("Gaucho Gaucho"), c’est à Venise qu’a eu lieu la première de "Burgundy", également présenté en clôture du Festival du film américain de Deauville. Si les deux réalisateurs aiment à s’immerger dans leur sujet, laissant la caméra capter des moments, c’est la qualité du montage qui donne sa saveur à l’ensemble, permettant de mettre en valeur des lieux et des gens, et révélant des êtres humains qui ne se livrent pas forcément aisément. Une méthode de travail qui donne ici le meilleur, surprenant à presque chaque instant, alors que les documentaires sur le vin étaient déjà légions ("Mondovino", "Wine Calling", "La Revole Nature"…), et donnant de la légèreté à des sujets qui n’y prêtent pas forcément le flanc. La conclusion, si elle est un peu amère par certains aspects, n’en est pas moins un vrai moment de cinéma, que personne, comme dans la vraie vie, ne pouvait voir venir.
Olivier Bachelard